- Méditation.

La pause méditative de la nouvelle année.

La nouvelle année, c’est le moment propice aux nouvelles résolutions et l’envie de changement dans sa vie pour marquer le coup. Pourtant beaucoup de ses nouvelles habitudes sont vite abandonnées en route pour retourner à nos anciennes façons de faire. Les nouvelles résolutions, ça commence souvent par une grande révolution en voulant transformer pleins d’aspects tout de suite! La méditation et la pleine conscience n’y échappe pas. On peut être très enthousiasme à l’idée de trouver une certaine paix intérieure puis ensuite avec l’impatience, les attentes et la motivation qui fléchit, l’intérêt disparait pour passer à autre chose et retomber dans la routine d’avant.

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  • Routine et habitudes…

Notre cerveau fonctionne de façon fort simple, il ne s’embête pas avec nos considérations rationnelles sur ce qui serait le mieux pour nous. Il emprunte toujours le chemin de moindre résistance qui est celui de nos habitudes les plus ancrées. Le fait de répéter souvent la même action crée des connexions dans le cerveau qui se renforcent par la force même de l’habitude. Plus c’est ancré, plus ça devient facile à faire en demandant peu d’effort. C’est la fameuse « zone de confort » avec tous nos automatismes, toutes ces choses qu’on fait machinalement. C’est très utile dans la vie quotidienne en nous évitant d’avoir à tout réapprendre chaque jour (comment fonctionne le four, quel bus je dois prendre, etc. Toutes ses choses qui demandent des efforts aux débuts pour devenir petit à petit automatique sans y penser).

Maintenant quand on va vouloir faire différemment, on va créer de nouvelles connexions dans le cerveau, de nouveaux chemins inexistants. Il y a à ce moment là bien peu d’automatisme. Ca reste très fragile, ça demande une certaine dose d’énergie et d’efforts pour créer ce chemin. La difficulté est qu’en parallèle, le chemin de moindre résistance de l’ancienne façon de faire lui est toujours bien là.

 

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  • La clé du changement durable…

On a tendance à vouloir en faire beaucoup au début. C’est en réalité primordial pour que cela dur dans le temps de ne pas vouloir en faire trop, trop vite. Même si on est très motivé avec l’excitation et l’impatience du début, il vaut mieux volontairement se restreindre pour garder de l’énergie sur la durée.

Si vous souhaitez par exemple démarrer où redémarrer la méditation. Commencez par 10 minutes par jour si vous avez l’impression que ça vous semble une montagne. C’est seulement quand ces 10 minutes par jour sont devenues automatique, qu’il n’y a plus beaucoup de difficulté à pratiquer et que vous en tirez bénéfice que vous pourrez augmenter si ça vous dit, ou pas! C’est très important de donner du sens à ce qu’on fait, de savoir pourquoi on le fait et de l’apprécier, de savoir en profiter, sinon cela n’ira pas loin et vous abandonnerez vite la nouvelle résolution.

Félicitez-vous pour tout ce que vous faites, pour le moindre petit pas accompli. Ce n’est pas rien et beaucoup mieux que de n’avoir rien fait. Si vous échouez de temps en temps, ce n’est pas grave non plus, l’important est  de recommencer le lendemain et c’est tout.

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  • 10 minutes de méditation, accompagné par la Dalaï Lama…

La méditation bouddhiste comporte deux aspects – shamatha et vipashyana. Nous avons tendance à souligner l’importance de vipashyana – le « regard profond » qui nous apporte la vision profonde et nous libère de la souffrance et des afflictions. Mais la pratique de shamatha (« l’arrêt ») est fondamentale. Si l’on ne s’arrête pas, la vision profonde ne sera pas possible.

Vous connaissez peut-être cette histoire zen que l’on raconte au sujet d’un homme et d’un cheval. Le cheval galope à toute allure et, de toute évidence, l’homme à cheval semble se rendre à un endroit important. Un autre homme se tenant au bord de la route lui crie : « Où vas-tu ? et le premier homme lui répond : « Je ne sais pas. Demandez au cheval. » C’est aussi notre histoire. Nous ne sommes pas différents de cet homme à cheval : nous ne savons pas où nous allons et nous ne pouvons pas arrêter le cheval. Ce cheval est notre énergie d’habitude qui nous pousse en avant, malgré nous. Nous passons notre temps à courir et c’est devenu une habitude. Nous luttons tout le temps, même en dormant. Nous sommes en guerre contre nous-mêmes et prêts à déclarer la guerre aux autres.

Nous devons apprendre l’art de nous arrêter – arrêter nos pensées, nos énergies d’habitude, notre oubli et les émotions fortes qui nous gouvernent. Lorsqu’une émotion s’empare de nous, tel l’orage, nous ne sommes pas en paix. Nous allumons la télévision pour l’éteindre aussitôt après. Nous prenons un livre pour le reposer immédiatement. Comment peut-on mettre fin à cet état d’agitation ? Comment peut-on mettre fin à notre peur, notre désespoir, notre colère et notre avidité ? C’est possible en pratiquant la respiration consciente, la marche consciente, le sourire conscient et le regard profond qui permet la compréhension. Lorsqu’on est en pleine conscience, touchant profondément le moment présent, les fruits sont toujours la compréhension, l’acceptation, l’amour et le désir d’apaiser la souffrance et d’apporter de la joie.

Mais nos énergies d’habitude sont souvent plus fortes que notre volonté. On dit et fait alors des choses qu’on ne voudrait pas faire, pour le regretter par la suite. On cause de la souffrance, à soi-même et aux autres, et beaucoup de dégâts. Ce n’est peut-être pas notre intention, mais on ne peut pas s’en empêcher. Pourquoi ? Parce que nos énergies d’habitude (vashana) nous poussent à le faire.

Nous avons besoin de l’énergie de la pleine conscience pour reconnaître et apporter notre présence à notre énergie d’habitude afin de stopper la destruction en cours. Avec la pleine conscience, nous avons la capacité de reconnaître l’énergie d’habitude chaque fois qu’elle se manifeste. « Bonjour, mon énergie d’habitude, je sais que tu es là ! » Simplement en lui souriant, elle perdra déjà beaucoup de sa force. La pleine conscience est l’énergie qui nous permet de reconnaître notre énergie d’habitude et de l’empêcher de nous dominer.

L’oubli est l’opposé. Nous buvons une tasse de thé, mais nous ne savons pas que nous buvons une tasse de thé. Nous sommes avec la personne que nous aimons, mais nous ne savons pas qu’elle est là. Nous marchons, sans vraiment marcher. Nous sommes ailleurs, en train de penser au passé ou au futur. Le cheval de notre énergie d’habitude nous emporte au loin, et nous sommes son captif. Nous avons besoin d’arrêter notre cheval et de reconquérir notre liberté. Nous avons besoin d’éclairer de la lumière de la pleine conscience chaque chose que nous faisons, afin que l’obscurité de l’oubli puisse disparaître. La première fonction de la méditation – shamatha – est de s’arrêter.

La deuxième fonction de shamatha est de calmer. Quand on est sous l’emprise d’une émotion forte, on a beau savoir qu’il peut être dangereux d’agir, on n’a pas la force ou la clarté de s’abstenir. Nous devons apprendre l’art de la respiration consciente, l’art de cesser nos activités et de calmer nos émotions. Nous devons apprendre à devenir solides et stables comme un chêne, pour ne pas être emportés d’ici de là par la tempête. Le Bouddha nous a enseigné de multiples techniques pour nous aider à calmer notre corps et notre esprit et les regarder profondément. Ces techniques peuvent être résumées en cinq étapes :

  • Reconnaître. Si l’on est en colère, on dit : « Je sais que la colère est en moi ».
  • Accepter. Si l’on est en colère, on ne le nie pas. On accepte ce qui est présent.
  • Embrasser. On prend sa colère dans ses bras comme une mère prendrait son bébé en pleurs dans ses bras. Notre pleine conscience embrasse notre émotion et cela suffit déjà à calmer notre colère et à nous calmer.
  • Regarder profondément. Une fois notre calme retrouvé, nous pouvons regarder profondément ce qui a fait naître cette colère, ce qui a causé la gêne de notre bébé.
  • Pratiquer la vision profonde. Le fruit du regard profond  est la compréhension des nombreuses causes et conditions, principales et secondaires, qui ont fait naître notre colère, qui ont fait pleurer notre bébé. Notre bébé a peut-être faim, à moins que sa couche ne soit trop serrée. Notre colère a été déclenchée par les paroles blessantes qu’un ami vient de nous dire, et soudain on se rappelle qu’il ne va pas très bien aujourd’hui parce que son père est sur le point de mourir. Nous continuons de pratiquer le regard profond jusqu’à commencer à comprendre ce qui a pu causer notre souffrance. Avec la vision profonde, nous savons ce qu’il faut faire et ne pas faire pour changer la situation.

Après le calme, la troisième fonction de shamatha est le repos. Imaginons qu’une personne lance un caillou dans la rivière. Le caillou se laisse couler lentement et atteint le lit de la rivière sans effort. Une fois qu’il a atteint le fond, le caillou ne bouge plus et laisse couler l’eau. Quand nous pratiquons la méditation assise, nous devons reposer comme ce caillou. Nous pouvons nous laisser couler naturellement dans la position assise– à demeurer sans effort. Nous devons apprendre l’art de nous reposer, de laisser notre corps et notre esprit se reposer. Si nous avons des blessures dans notre corps ou dans notre esprit, nous devons nous reposer de façon à ce qu’elles puissent guérir d’elles-mêmes.

Le calme nous aide à nous reposer, le repos étant une condition indispensable à la guérison. Quand des animaux de la forêt sont blessés, ils cherchent un endroit pour s’allonger sans rien faire d’autre que se reposer pendant plusieurs jours. Ils ne pensent pas à manger ni à quoi que ce soit d’autre. Ils se reposent tout simplement, et c’est ainsi qu’ils guérissent. Mais lorsque nous autres humains tombons malades, nous angoissons ! Nous recherchons des médecins et des remèdes, sans nous arrêter pour autant. Même quand nous passons des vacances à la mer ou à la montagne, nous ne savons pas nous arrêter et nous rentrons encore plus fatigués qu’avant. Nous devons apprendre l’art de nous reposer. La position allongée n’est pas la seule position pour se reposer. On peut très bien se reposer en pratiquant la méditation assise ou la marche méditative. La méditation ne doit pas être laborieuse. Laissez simplement votre corps et votre esprit se reposer comme un animal dans la forêt. Ne luttez pas. Il n’y a rien à atteindre. J’écris un livre, mais je ne lutte pas. Je me repose aussi. Je vous en prie, lisez d’une manière joyeuse et reposée. Le Bouddha a dit : « Mon Dharma est la pratique de la non-pratique. (1)» Pratiquez de telle sorte que cela ne vous fatigue pas, et donnez à votre corps, à vos émotions et à votre conscience la possibilité de se reposer. Notre corps et notre esprit ont une capacité d’auto-guérison si on les laisse se reposer.

L’arrêt, le calme et le repos sont les conditions nécessaires pour que la guérison puisse avoir lieu. Si l’on ne s’arrête pas, la destruction en cours ne fera que continuer. Le monde a besoin de guérison. Les individus, les communautés et les nations ont besoin de guérison. »

 

(1) Dvachadvarimshat Khanda Sutra (Soutra aux quarante-deux paragraphes), Taisho 789.

 

Extrait deTHICH NHAT HANH. – Le Coeur des enseignements du Bouddha : Les quatre nobles vérités, le noble sentier des huits pratiques justes et autres enseignements fondamentaux du bouddhisme. – Paris, Editions de La Table Ronde, 2000. – Chp 6. L’arrêt, le calme, le repos et la guérison. P.32-42. – 2-7103-0987-4

Source image : http://www.samspadesf.com/2010/11/metropolitan-museum-of-art-agrees-to.html

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Soyez bienveillants envers vous mêmes en cette nouvelle année…

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6 thoughts on “La pause méditative de la nouvelle année.

  1. Merci pour ce bel article (je regarderai les vidéos plus tard).
    Juste un détail qui me fait sourciller : tu écris : « Nous devons apprendre l’art de nous arrêter – arrêter nos pensées, nos énergies d’habitude, notre oubli et les émotions fortes qui nous gouvernent. »
    Il est impossible d’arrêter nos pensées. Ne pas les suivre, les laisser couler, les laisser passer comme des nuages dans le ciel, sans nous y accrocher, c’est possible, c’est ce que nous apprend la méditation : à être observateur, à ne plus nous identifier à nos pensées, à nos personnages, à ce « je » auquel on croit. Mais on ne peut pas les arrêter. Le mental est ainsi fait qu’il produit des pensées sans arrêt, incessamment. Le tout, c’est de ne pas se laisser embarquer et si on s’est laissé emporter (ce qui arrive souvent), c’est de revenir à l’observation, au moment présent. C’est d’ailleurs ce que propose la Pleine Conscience.
    Je ne vois pas ce que veut dire « arrêter notre oubli ». C’est Krishnamurti qui nous invite à nous méfier de la mémoire ; elle empêche la spontanéité, la découverte. Mais je ne sais pas de quel oubli tu parles.
    Arrêter nos émotions fortes ? Encore plus impossible qu’arrêter nos pensées! L’émotion est une énergie, la colère est une énergie phénoménale : la vivre comme telle, non se laisser emporter (comme avec les pensées), mais assister, être spectateur de ce qui se passe en soi. Si cette formidable énergie est bien utilisée (cf. dans les sports par exemple), elle va déboucher sur quelque chose de positif, elle va me dynamiser, me donner l’allant nécessaire. Si je la déverse sur quelqu’un, d’abord elle sera excessive, décuplée et donc injuste. Pour apprendre à ne pas refouler la colère (je prends cette émotion parce que c’est sans doute la plus dévastatrice et la plus difficile à contrôler), on peut l’exprimer sur un objet : un coussin (très gros pour ne pas se faire mal), un canapé, un ballon, un punching-ball… Taper, crier… Voilà d’excellents moyens de ne pas la refouler (ce qui est encore pire : elle amène souvent alors la somatisation et tout un tas de problèmes). Les bouddhistes commencent très tôt ce travail sur les émotions. Ils ont été très surpris et nettement décontenancés quand ils ont découvert la psychologie occidentale et tous les problèmes que connaissent les Américains, les Européens… Il leur a fallu du temps pour adapter leurs enseignements à nos façons de fonctionner (l’éducation y est pour beaucoup). Alors, ne disons pas qu’on va arrêter les pensées et les émotions. C’est une illusion. Mais, encore une fois, on peut changer notre regard sur elles, notre attitude par rapport à elles. On peut ne plus se laisser emporter. Un des « outils » principaux, à mon avis, c’est la bienveillance. Dans notre éducation, souvent, sévit la culpabilité (qui entame cruellement notre confiance en nous-mêmes) ; on devient très dur avec soi et avec les autres, on ne sait plus comment se faire aimer! L’émotion perturbe nos jugements… Apprendre la bienveillance, c’est un premier pas extraordinaire pour aller vers davantage de paix!
    Namasté.

    1. Waou! 🙂
      Comme je le dis dans l’article, la deuxième partie est un extrait : Extrait de THICH NHAT HANH. – Le Coeur des enseignements du Bouddha : Les quatre nobles vérités, le noble sentier des huits pratiques justes et autres enseignements fondamentaux du bouddhisme. – Paris, Editions de La Table Ronde, 2000. – Chp 6. L’arrêt, le calme, le repos et la guérison. P.32-42. – 2-7103-0987-4 😉 Donc loin de moi l’idée de modifier le texte 😉
      La méditation nous « apprend » à laisser filer les pensées, les émotions, à nous détacher d’elles, à les dépasser. 😉 C’est ce que signifie « arrêter » nos pensées, nos émotions. Cela ne signifie en aucun cas arrêter de penser ou d’avoir des émotions, nous serions « mort » en qq sorte en faisant cela.
      En ce qui concerne la bienveillance, je suis d’accord avec toi! Soyons bienveillant envers nous mêmes et envers les autres. 😉

      1. Oui, c’est souvent (presque toujours) une question de vocabulaire. Nous sommes d’accord : laisser filer (j’aime beaucoup l’image, comme les feuilles dans la rivière) les pensées. Le détachement se fait alors de lui-même. Plus nous cherchons à nous détacher, et plus ça s’accroche, tu as remarqué ? Alors que si, simplement (hum), je prête attention à ma respiration, je laisse les pensées défiler sans m’y arrêter, je pratique quelques exercices lents (de yoga par exemple), le détachement se fait, sans douleurs (euh, si quelquefois, ça tire un peu, mais ce n’est que musculaire et là je mets un clin d’œil)…
        Merci en tout cas pour ce beau partage! Chaleureusement!

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